Le blazer (hisser haut !)

Se prononce « blézeure » en anglais, « blazère » en franglais. La veste que la garde-robe masculine (et même féminine) a hérité de la marine. Pour la genèse de ce vêtement, voir l’article Wikipedia ad hoc : il faut remonter à l’époque victorienne et à un capitaine du navire HMS Blazer.

Le perfide (et énigmatique) James Darwen y consacre une des meilleures saillies de son Chic anglais : « A ne porter que si vous y êtes obligé« . C’est excellent.

Veste croisée à l’origine, Michael of Kent, le célèbre cousin barbu de Queen Elizabeth (et sosie officiel du dernier tsar, Nicolas II) en fait l’un de ses accessoires de cérémonie :

En voici un qui ne plaisante pas avec cet auguste vêtement.

Généralement, je ne peux m’empêcher de voir dans cette veste un sommet de ringardise, surtout dans sa version croisée et affublée de boutons dorés. Quand je pense « blazer », je vois d’abord des messieurs d’un certain âge, parfumés au Yardley, déambulant dans les allées rassurantes du 16ème arrondissement parisien, tels un Roger Moore en tournée :

Détournée par Michael Caine (dans le film Le Limier) dans une version un peu canaille, c’est tout aussi ridicule :

C’est une veste assez populaire finalement, plutôt dans sa version droite aujourd’hui. Il est d’ailleurs amusant de voir, sur le site de Brooks Brothers, qu’on utilise des mannequins qui semblent de générations différentes selon qu’il s’agisse de la version croisée ou droite :

Après toutes ces amabilités, je confesse pourtant en posséder un. Une version italienne, dans un beau tissu sergé, avec épaules naturelles. Acquis il y a deux ans chez Old England (à un prix stratosphérique comme il se doit), je n’ai toujours pas tenue une promesse que je m’étais faite : changer les boutons.

Au cimetière des magasins parisiens

Madelios

Madelios a définitivement fermé ses portes en janvier 2011. En réalité ce magasin est mort en 1999, quand il a été racheté par le Printemps, et qu’il a été transformé en une sorte de bazar multi-marques où quelques articles encore corrects voisinaient avec des marques tendance vulgaires voire de la franche camelote (les deux n’étant pas forcément indissociables).

Logé dans l’ensemble des Trois Quartiers, l’origine de Madelios remonte aux années 20.

Comme Old England, Madelios proposait de nombreux produits anglais « de qualité » (selon James Darwen), tels que les costumes Chester Barrie ou les chapeaux Herbie Johnson. Pour ma part, je me souviens des produits DR Harris (leurs savons à barbe) et j’y ai acheté quelques cravates. C’était avant 1999.

Aux dernières nouvelles, un magasin C & A s’y installerait …

Aux Laines Ecossaises

La disparition de cette boutique du boulevard Saint-Germain m’a un peu attristé. Sûrement parce que je vis dans le quartier. Je n’étais pas un client assidu mais je trouvais un côté rassurant à la présence de cette enseigne.

Son côté vieillot avait son charme. On y vendait des pulls britanniques de bonne qualité (William Lockie, John Smedley). La boutique était fameuse aussi pour ses cravates en laine tricotée.

Mais dans le quartier, une boutique qui ne vend pas de « made in China » ou de vêtements pour anorexiques avancés n’a plus sa place. Elle avait bien essayé de proposer quelques marques plus « branchées », comme Fred Perry, mais le chiffre d’affaires ne suivait plus.

Aux Laines Ecossaises avait aussi sa petite légende tragico-littéraire puisque Romain Gary, qui vivait rue du Bac, est venu y acheter une robe de chambre rouge quelques heures avant de se suicider.

Le magasin a fermé définitivement ses portes en juillet 2011. Il sera remplacé par une boutique Georges Rech …

Old England

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce magasin ouvert au milieu du 19ème siècle. L’écrin du boulevard des Capucines était superbe, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, avec ses belles boiseries et ses confortables fauteuils de cuir.

J’ai un sentiment ambivalent sur la fermeture de la « vieille anglaise ». D’un côté, c’est encore un peu d’histoire d’une certaine élégance parisienne qui s’enfuit. De l’autre, je ne regretterai pas les prix stratosphériques (pour rester poli) qui y étaient pratiqués, et ce qu’était devenu le magasin ces dernières années était un peu consternant. Passons sur le fait qu’on y entendait plus le Fratelli d’Italia que le God save the Queen, cela m’a au moins permis d’y découvrir les costumes Sartoria Partenopea et d’en acquérir -chèrement- un. Mais la place de plus en plus envahissante d’Albert Arts, la marque tape-à-l’oeil du propriétaire, était franchement pénible.

Il m’est aussi arrivé d’y acheter des cravates…

Le magasin a finalement fermé en janvier 2012 (alors que c’était initialement prévu pour le mois de mars) en raison d’un malencontreux incendie.

Un supermarché de montres y ouvrira bientôt ses portes …