Le blazer (hisser haut !)

Se prononce « blézeure » en anglais, « blazère » en franglais. La veste que la garde-robe masculine (et même féminine) a hérité de la marine. Pour la genèse de ce vêtement, voir l’article Wikipedia ad hoc : il faut remonter à l’époque victorienne et à un capitaine du navire HMS Blazer.

Le perfide (et énigmatique) James Darwen y consacre une des meilleures saillies de son Chic anglais : « A ne porter que si vous y êtes obligé« . C’est excellent.

Veste croisée à l’origine, Michael of Kent, le célèbre cousin barbu de Queen Elizabeth (et sosie officiel du dernier tsar, Nicolas II) en fait l’un de ses accessoires de cérémonie :

En voici un qui ne plaisante pas avec cet auguste vêtement.

Généralement, je ne peux m’empêcher de voir dans cette veste un sommet de ringardise, surtout dans sa version croisée et affublée de boutons dorés. Quand je pense « blazer », je vois d’abord des messieurs d’un certain âge, parfumés au Yardley, déambulant dans les allées rassurantes du 16ème arrondissement parisien, tels un Roger Moore en tournée :

Détournée par Michael Caine (dans le film Le Limier) dans une version un peu canaille, c’est tout aussi ridicule :

C’est une veste assez populaire finalement, plutôt dans sa version droite aujourd’hui. Il est d’ailleurs amusant de voir, sur le site de Brooks Brothers, qu’on utilise des mannequins qui semblent de générations différentes selon qu’il s’agisse de la version croisée ou droite :

Après toutes ces amabilités, je confesse pourtant en posséder un. Une version italienne, dans un beau tissu sergé, avec épaules naturelles. Acquis il y a deux ans chez Old England (à un prix stratosphérique comme il se doit), je n’ai toujours pas tenue une promesse que je m’étais faite : changer les boutons.

Lait et sucre

Voilà l’été (si, si). Et dans vos rêves estivaux les plus fous, vous auriez aimé être un patricien de Virginie ou de Louisiane, réuni avec quelques amis autour d’un barbecue pour disserter sur le bon vieux temps du Sud. Ou un Wasp de la Nouvelle-Angleterre qui retrouve ses camarades du Skull and Bones de Yale pour s’inquiéter de la chute du Dow Jones. Ou encore le grand Gatsby et sa cohorte de piques-assiette dans une propriété de Long Island. Voire Gregory Peck dans un de ses grands rôles humanistes dans To kill a mockingbird.

Tout cela peut devenir réalité à une condition : se revêtir d’un costume en seersucker.

Définition : tissu léger de coton, légèrement gaufré, toujours rayé. Il tire son nom de l’hindoustani Shir o shekar, qui se traduit par lait et sucre. Adopté depuis des lustres par la bonne société américaine, d’abord dans le Sud, puis par les étudiants des universités de l’Ivy League.

Se porte en simple veste, droite ou croisée, en costume deux ou trois pièces. C’est le costume estival des gens chics, qui aiment se réunir en garden parties.

Rose Callahan, la photographe officielle des dandys modernes, possède un talent certain pour saisir sur le vif ces élégants :

La couleur la plus traditionnelle des costumes en seersucker est le bleu :

Mais certains audacieux, comme la star des blogs, le bon docteur André Churchwell, n’hésitent pas à se transformer en bonbon :

Et si vous aimez ça, vous pouvez même les collectionner dans de multiples teintes :

Convaincus ? Vous pouvez franchir le pas en acquérant un costume auprès du pape du seersucker en PAP, la vénérable maison Haspel (est. 1909) :

ou bien chez les enseignes preppy habituelles, RL, Gant, Brooks Brothers. Ou alors adressez-vous à un bon tailleur et faites-vous réaliser quelque chose d’original dans ce sympathique tissu. Nul doute que vous épaterez la galerie, bien plus qu’avec le sempiternel blazer.

Tennis

A observer les dégaines de la grande majorité des joueurs de tennis depuis, disons, les années 90, on se prend, une fois de plus, à regretter un temps que l’on n’a pas connu où tennis rimait à la fois avec fair-play et élégance vestimentaire.

Bien sûr, le blanc est resté la couleur du tennis jusqu’aux années 70, du moins sur le court. Et jusqu’à la seconde guerre mondiale, le pantalon était de rigueur pour les pratiquants masculins.

Jacques Brugnon, dit Toto, le 4ème mousquetaire, celui qui n’a jamais gagné de grand tournoi en simple, mais qui était le partenaire de double indispensable des trois autres, ici en 1921 à côté de Suzanne Lenglen, elle-même superbe :

Ou William Tilden, dit Big Bill, le plus coriace adversaire des mousquetaires dans les années 20 :

Le goût pour les beaux vêtements pouvait se manifester aussi avant et après le match. A l’instar de Max Decugis, plusieurs fois vainqueur des Internationaux de France au début du 20ème siècle, en veste gansée :

ou de Gottfried von Cramm, le grand champion allemand et antinazi des années 30, en rowing jacket :

Et en-dehors du court. Ici les mousquetaires réunis. J’aime particulièrement le chic décontracté de Jacques Brugnon encore, à droite sur la photo (une pipe à la main !) :

Après la seconde guerre mondiale, si le blanc reste obligatoire, le short remplace le pantalon. D’ailleurs, jusqu’au début des années 70, la tenue ne varie pratiquement pas, polo (ou parfois tee shirt) et short blancs. L’arrivée de tenues de couleur variées (sauf à Wimbledon) voire bariolées dans les années 70 va sonner le début de la décadence que l’on connaît désormais.

Lew Hoad, au milieu des années 50 :

Rod Laver, à la fin des années 60 :

Mais finalement, est-ce que le plus important n’est pas plutôt l’élégance du jeu ?

Arthur Ashe :

Ken Rosewall :

Adriano Panatta :

Roger Federer :

Knize

Les amateurs de ce que, faute de mieux, on peut appeler l’élégance masculine, trouvent à Vienne, comme à Londres, de quoi alimenter leur marotte. Avec à Vienne un caractère d’authenticité quand Londres, grand carrefour mondialisant, fait un peu dans le frelaté parfois.

Tout visiteur de Vienne passe forcément, à un moment ou à un autre, par le Graben, charmante avenue piétonne du centre-ville.

Mais tous ne s’arrêtent pas forcément devant Knize, ancienne et digne maison célébrée pour sa contribution à cette fameuse élégance.

Façade et certains intérieurs façonnés par le grand architecte Adolf Loos.

Typiquement le genre de lieu où on aime passer du temps, regarder, toucher, humer l’atmosphère.

Knize est en particulier appréciée pour sa grande mesure. La ligne Knize, ce sont des épaules plutôt naturelles, des emmanchures hautes, une taille point trop marquée. A rapprocher d’Anderson & Sheppard à Londres.

Beaucoup de grands de ce monde ont eu leurs habitudes chez Knize. Selon le blogueur Sleevehead, le réalisateur Billy Wilder (Some like it hot, entre autres films magistraux), d’origine autrichienne, en était (ci-dessous à droite, avec Jack Lemmon).

De même que le producteur de cinéma anglais d’origine hongroise, Alexander Korda.

Célébrée aussi est l’eau de toilette Knize Ten, créée dans les années 20, à base de cuir et d’ambre.

S’il vous reste un peu d’argent après cette visite -que vous n’aurez pas manqué de rendre à cette auguste maison- prenez une des petites rues adjacentes et aller vous détendre au Café Hawelka, café historique où on jurerait pouvoir croiser le fantôme de Joseph Roth.

Anthony Eden (1897-1977)

Troisième et (temporairement) dernier volet de notre saga sur les moustachus élégants du siècle dernier, Anthony Eden, grand diplomate, plusieurs fois ministre des affaires étrangères, Premier Ministre de la couronne de 1955 à 1957, est un cas d’école de ce chic anglais assez intrinsèque à ceux qui, sur cette île (métaphoriquement) lointaine, sont nés du bon côté. Ce qui était le cas d’Anthony Eden, fils d’un baronnet du comté de Durham.

D’une grande élégance morale (c’est le général de Gaulle qui l’a dit), il était aussi naturellement, en qualité d’éminent représentant des gentlemen anglais, vestimentairement avantagé, sa silhouette élancée facilitant encore les choses. C’est ainsi qu’en raison de son habitude de porter un homburg (le plus raffiné des chapeaux), on en est venu à baptiser ce dernier un « Anthony Eden ».

Notons au passage la superbe coupe de son chesterfield.

Client du tailleur Stovel and Mason, il était avant tout un adepte du costume croisé, comme la plupart des hommes « qui comptaient » à son époque.

Il pouvait aussi porter le costume droit, en 3 pièces évidemment, et avec peak lapel, ce qui est considéré comme plus stylé.

Bref, un certain chic, de l’allure. Mais aussi, sur certaines photos, une certaine raideur, un côté un peu crispé, à l’opposé de l’élégance nonchalante de son aristocratique contemporain, et idole des blogs et forums consacrés au style masculin, le duc de Windsor.

Qu’on en juge sur un croisé :

ou en casual :

Le Trench Coat

Sujet sérieux. Il s’agit là d’une des grandes énigmes de l’histoire du vêtement masculin. Qui a inventé le trench coat? Aquascutum et Burberry(s) le revendiquent (cf leurs sites respectifs). Bigre.

Le mystérieux James Darwen lui-même ne tranche pas. D’ailleurs il s’en fiche, ce vêtement ne semble pas le passionner. « A porter si vous ne pouvez l’éviter« . Notamment si vous ne voulez pas vous encombrer d’un parapluie.

Le raffiné Cary semble avoir choisi son camp :

Quoi qu’il en soit, ce vêtement plaît aux deux sexes. Il n’est d’ailleurs plus destiné aux temps pluvieux, c’est un véritable objet de mode, bravo le marketing. Et merci au cinéma.

Spalla Camicia

La veste dotée d’une épaule dite « napolitaine » est à la mode. Grâce au web. Il existe en réalité plusieurs types d’épaules napolitaines. La plus courue aujourd’hui est la spalla camicia, naturelle, sans padding, sans rollino, froncée. Elle ne convient pas à tous. Surtout si on a les épaules étroites et un peu tombantes. Quoiqu’il en soit, si la coupe nous convient, ces vestes sont d’un confort incroyable.

Antonio Panico

Rubinacci

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Antonio Panico