Tennis

A observer les dégaines de la grande majorité des joueurs de tennis depuis, disons, les années 90, on se prend, une fois de plus, à regretter un temps que l’on n’a pas connu où tennis rimait à la fois avec fair-play et élégance vestimentaire.

Bien sûr, le blanc est resté la couleur du tennis jusqu’aux années 70, du moins sur le court. Et jusqu’à la seconde guerre mondiale, le pantalon était de rigueur pour les pratiquants masculins.

Jacques Brugnon, dit Toto, le 4ème mousquetaire, celui qui n’a jamais gagné de grand tournoi en simple, mais qui était le partenaire de double indispensable des trois autres, ici en 1921 à côté de Suzanne Lenglen, elle-même superbe :

Ou William Tilden, dit Big Bill, le plus coriace adversaire des mousquetaires dans les années 20 :

Le goût pour les beaux vêtements pouvait se manifester aussi avant et après le match. A l’instar de Max Decugis, plusieurs fois vainqueur des Internationaux de France au début du 20ème siècle, en veste gansée :

ou de Gottfried von Cramm, le grand champion allemand et antinazi des années 30, en rowing jacket :

Et en-dehors du court. Ici les mousquetaires réunis. J’aime particulièrement le chic décontracté de Jacques Brugnon encore, à droite sur la photo (une pipe à la main !) :

Après la seconde guerre mondiale, si le blanc reste obligatoire, le short remplace le pantalon. D’ailleurs, jusqu’au début des années 70, la tenue ne varie pratiquement pas, polo (ou parfois tee shirt) et short blancs. L’arrivée de tenues de couleur variées (sauf à Wimbledon) voire bariolées dans les années 70 va sonner le début de la décadence que l’on connaît désormais.

Lew Hoad, au milieu des années 50 :

Rod Laver, à la fin des années 60 :

Mais finalement, est-ce que le plus important n’est pas plutôt l’élégance du jeu ?

Arthur Ashe :

Ken Rosewall :

Adriano Panatta :

Roger Federer :

Knize

Les amateurs de ce que, faute de mieux, on peut appeler l’élégance masculine, trouvent à Vienne, comme à Londres, de quoi alimenter leur marotte. Avec à Vienne un caractère d’authenticité quand Londres, grand carrefour mondialisant, fait un peu dans le frelaté parfois.

Tout visiteur de Vienne passe forcément, à un moment ou à un autre, par le Graben, charmante avenue piétonne du centre-ville.

Mais tous ne s’arrêtent pas forcément devant Knize, ancienne et digne maison célébrée pour sa contribution à cette fameuse élégance.

Façade et certains intérieurs façonnés par le grand architecte Adolf Loos.

Typiquement le genre de lieu où on aime passer du temps, regarder, toucher, humer l’atmosphère.

Knize est en particulier appréciée pour sa grande mesure. La ligne Knize, ce sont des épaules plutôt naturelles, des emmanchures hautes, une taille point trop marquée. A rapprocher d’Anderson & Sheppard à Londres.

Beaucoup de grands de ce monde ont eu leurs habitudes chez Knize. Selon le blogueur Sleevehead, le réalisateur Billy Wilder (Some like it hot, entre autres films magistraux), d’origine autrichienne, en était (ci-dessous à droite, avec Jack Lemmon).

De même que le producteur de cinéma anglais d’origine hongroise, Alexander Korda.

Célébrée aussi est l’eau de toilette Knize Ten, créée dans les années 20, à base de cuir et d’ambre.

S’il vous reste un peu d’argent après cette visite -que vous n’aurez pas manqué de rendre à cette auguste maison- prenez une des petites rues adjacentes et aller vous détendre au Café Hawelka, café historique où on jurerait pouvoir croiser le fantôme de Joseph Roth.

Le Homburg

« Feutre à bord retourné rigide que portait l’excellent roi Edouard VII, tire son nom de la ville thermale de Homburg. Ce chapeau, qui est toujours noir, est un compromis moyennement heureux entre le formel et l’informel. Il ne doit être porté que par des gentlemen âgés« . James Darwen in Le chic anglais (Hermé, 1990).

C’est amusant comme, à force de relire Darwen, on se dit que parfois, il abuse de sa boisson écossaise favorite. Passons sur la question du formel / informel, qui pour ma part m’intéresse assez peu (à ce sujet, l’anonyme rédacteur de l’article anglophone wikipédien sur ce chapeau le place dans la catégorie « formel », mais bref …). Si je devais porter un chapeau au quotidien (mais c’est compliqué, en 2012, d’arriver sur son lieu de travail -pourtant très bureaucratique- affublé d’un chapeau disons classique, quand une simple paire de souliers de bonne facture et bien entretenus provoque déjà un début de suspicion), ça serait certainement le homburg, dont je trouve la ligne résolument « chic ».

Puisque feu Edouard VII a contribué à populariser ce chapeau, rendons-lui hommage, avec cette version ornée d’une plume :

La mode étant bien lancée en Angleterre, le vieux lion s’en est parfaitement accommodé. En version claire, Mr Darwen.

Comme nous l’avons déjà vu, le très élégant Anthony Eden en avait fait un accessoire de reconnaissance, au point qu’un homburg était aussi appelé un « anthony eden », ou un « eden » :

Les gangsters d’époque étaient des personnes qui portaient une attention soignée à leur mise. Du moins le cinéma et la télévision nous les restituent ainsi. Par exemple, le parrain (encore jeune) du film Le Parrain (l’acteur est Al Pacino) :

Et Nucky Thompson (incarné par Steve Buscemi) de la série Boardwalk Empire (ledit Nucky aurait peut-être tiré avantage d’un port du chapeau un peu plus éloigné des sourcils) :

Anthony Eden (1897-1977)

Troisième et (temporairement) dernier volet de notre saga sur les moustachus élégants du siècle dernier, Anthony Eden, grand diplomate, plusieurs fois ministre des affaires étrangères, Premier Ministre de la couronne de 1955 à 1957, est un cas d’école de ce chic anglais assez intrinsèque à ceux qui, sur cette île (métaphoriquement) lointaine, sont nés du bon côté. Ce qui était le cas d’Anthony Eden, fils d’un baronnet du comté de Durham.

D’une grande élégance morale (c’est le général de Gaulle qui l’a dit), il était aussi naturellement, en qualité d’éminent représentant des gentlemen anglais, vestimentairement avantagé, sa silhouette élancée facilitant encore les choses. C’est ainsi qu’en raison de son habitude de porter un homburg (le plus raffiné des chapeaux), on en est venu à baptiser ce dernier un « Anthony Eden ».

Notons au passage la superbe coupe de son chesterfield.

Client du tailleur Stovel and Mason, il était avant tout un adepte du costume croisé, comme la plupart des hommes « qui comptaient » à son époque.

Il pouvait aussi porter le costume droit, en 3 pièces évidemment, et avec peak lapel, ce qui est considéré comme plus stylé.

Bref, un certain chic, de l’allure. Mais aussi, sur certaines photos, une certaine raideur, un côté un peu crispé, à l’opposé de l’élégance nonchalante de son aristocratique contemporain, et idole des blogs et forums consacrés au style masculin, le duc de Windsor.

Qu’on en juge sur un croisé :

ou en casual :

Spalla Camicia

La veste dotée d’une épaule dite « napolitaine » est à la mode. Grâce au web. Il existe en réalité plusieurs types d’épaules napolitaines. La plus courue aujourd’hui est la spalla camicia, naturelle, sans padding, sans rollino, froncée. Elle ne convient pas à tous. Surtout si on a les épaules étroites et un peu tombantes. Quoiqu’il en soit, si la coupe nous convient, ces vestes sont d’un confort incroyable.

Antonio Panico

Rubinacci

Sartoria Napoli

Sartoria Partenopea

Antonio Panico

Alfie (1966)

Michael Caine a eu 79 ans le 14 mars… C’est l’acteur le plus stylé et le plus cool de cette génération d’acteurs cools. Disons à égalité avec Steve Mc Queen, officiellement désigné le plus cool par la planète web, James Coburn et Jean-Paul Belmondo jusqu’à l’Homme de Rio.
Et mon acteur préféré (avec plusieurs autres).

En 1966 est sorti l’excellentissime Alfie, de Lewis Gilbert. Michael Caine y est un dragueur cynique finalement rattrapé par le remords.

Style vestimentaire cool tout au long du film.

Les scènes avec Shelley Winters sont drôlatiques.

Le thème (cool) du générique est signé Sonny Rollins. Se procurer l’album toutes affaires cessantes.

La chanson « Alfie » (hyper cool) est signée Burt Bacharach, et chantée par Cilla Black. J’ai une préférence pour la version de Dionne Warwick.

Vive les 60s quand même.