Knize

Les amateurs de ce que, faute de mieux, on peut appeler l’élégance masculine, trouvent à Vienne, comme à Londres, de quoi alimenter leur marotte. Avec à Vienne un caractère d’authenticité quand Londres, grand carrefour mondialisant, fait un peu dans le frelaté parfois.

Tout visiteur de Vienne passe forcément, à un moment ou à un autre, par le Graben, charmante avenue piétonne du centre-ville.

Mais tous ne s’arrêtent pas forcément devant Knize, ancienne et digne maison célébrée pour sa contribution à cette fameuse élégance.

Façade et certains intérieurs façonnés par le grand architecte Adolf Loos.

Typiquement le genre de lieu où on aime passer du temps, regarder, toucher, humer l’atmosphère.

Knize est en particulier appréciée pour sa grande mesure. La ligne Knize, ce sont des épaules plutôt naturelles, des emmanchures hautes, une taille point trop marquée. A rapprocher d’Anderson & Sheppard à Londres.

Beaucoup de grands de ce monde ont eu leurs habitudes chez Knize. Selon le blogueur Sleevehead, le réalisateur Billy Wilder (Some like it hot, entre autres films magistraux), d’origine autrichienne, en était (ci-dessous à droite, avec Jack Lemmon).

De même que le producteur de cinéma anglais d’origine hongroise, Alexander Korda.

Célébrée aussi est l’eau de toilette Knize Ten, créée dans les années 20, à base de cuir et d’ambre.

S’il vous reste un peu d’argent après cette visite -que vous n’aurez pas manqué de rendre à cette auguste maison- prenez une des petites rues adjacentes et aller vous détendre au Café Hawelka, café historique où on jurerait pouvoir croiser le fantôme de Joseph Roth.

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Dashiell Hammett (1894-1961)

Poursuivons dans les moustachus élégants du siècle dernier. Hammett, c’est le fondateur de la hard-boiled school, en français le « roman noir ». Ecriture sèche, réduite à l’essentiel, des morts en veux-tu en voilà, le tout dans une atmosphère de grande corruption qu’il contribue à dénoncer à travers ses oeuvres. Son détective Sam Spade est la référence du genre avec Philip Marlowe, de Chandler. Le cinéma, à travers Humphrey Bogart, l’a mythifié. Six romans, des nouvelles, persécuté pendant le maccarthysme pour sympathies communistes, ce qui était vrai, alcoolique.

Costume croisé, pochette avantageuse, fedora : la panoplie de l’homme élégant des années 20-30.

« Sam Spade avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait, en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris jaune coupaient le visage d’une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais, partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. Il avait quelque chose d’un sympathique Méphisto blond. »

Le Faucon Maltais (1930)

Gregor von Rezzori (1914-1998)

Gregor von Rezzori, issu d’une famille de la noblesse sicilienne installée à Vienne au 18ème siècle, est né à Czernowitz, en Bucovine, aux confins de l’empire austro-hongrois. La ville est aujourd’hui en Ukraine, après avoir été rattachée à la Roumanie, puis à l’URSS.

Apatride, devenu autrichien en 1984 seulement, il a vécu à Bucarest, Vienne, Berlin, Hambourg, Rome, Paris et New York, avant de s’installer en Toscane où il est mort.

Journaliste, écrivain, homme de radio, acteur (Viva Maria de Louis Malle), il est considéré comme un des derniers grands représentants de la littérature de la Mitteleuropa.

Lire « Sur mes traces », ses mémoires.

Vladimir Nabokov

Le récent décès de Dmitri Nabokov me ramène, une fois de plus, vers son père, Vladimir Nabokov, mon écrivain favori, « l’enchanteur ». Nabokov, c’est la puissance de l’imaginaire, de la langue, du style. La littérature la plus sensuelle, au sens propre, qui soit, cette faculté rarement égalée de faire appel à nos sens, d’écrire en couleurs, de créer et manipuler les sons et les images. Une oeuvre ludique, labyrinthique. Des jeux de miroirs. Le recours virtuose au thème du double. Et l’ennemi de toute littérature engagée.

« Le style et la structure sont l’essence d’un livre. Les grandes idées ne sont que foutaises« . (Vladimir Nabokov)