Knize

Les amateurs de ce que, faute de mieux, on peut appeler l’élégance masculine, trouvent à Vienne, comme à Londres, de quoi alimenter leur marotte. Avec à Vienne un caractère d’authenticité quand Londres, grand carrefour mondialisant, fait un peu dans le frelaté parfois.

Tout visiteur de Vienne passe forcément, à un moment ou à un autre, par le Graben, charmante avenue piétonne du centre-ville.

Mais tous ne s’arrêtent pas forcément devant Knize, ancienne et digne maison célébrée pour sa contribution à cette fameuse élégance.

Façade et certains intérieurs façonnés par le grand architecte Adolf Loos.

Typiquement le genre de lieu où on aime passer du temps, regarder, toucher, humer l’atmosphère.

Knize est en particulier appréciée pour sa grande mesure. La ligne Knize, ce sont des épaules plutôt naturelles, des emmanchures hautes, une taille point trop marquée. A rapprocher d’Anderson & Sheppard à Londres.

Beaucoup de grands de ce monde ont eu leurs habitudes chez Knize. Selon le blogueur Sleevehead, le réalisateur Billy Wilder (Some like it hot, entre autres films magistraux), d’origine autrichienne, en était (ci-dessous à droite, avec Jack Lemmon).

De même que le producteur de cinéma anglais d’origine hongroise, Alexander Korda.

Célébrée aussi est l’eau de toilette Knize Ten, créée dans les années 20, à base de cuir et d’ambre.

S’il vous reste un peu d’argent après cette visite -que vous n’aurez pas manqué de rendre à cette auguste maison- prenez une des petites rues adjacentes et aller vous détendre au Café Hawelka, café historique où on jurerait pouvoir croiser le fantôme de Joseph Roth.

Le Homburg

« Feutre à bord retourné rigide que portait l’excellent roi Edouard VII, tire son nom de la ville thermale de Homburg. Ce chapeau, qui est toujours noir, est un compromis moyennement heureux entre le formel et l’informel. Il ne doit être porté que par des gentlemen âgés« . James Darwen in Le chic anglais (Hermé, 1990).

C’est amusant comme, à force de relire Darwen, on se dit que parfois, il abuse de sa boisson écossaise favorite. Passons sur la question du formel / informel, qui pour ma part m’intéresse assez peu (à ce sujet, l’anonyme rédacteur de l’article anglophone wikipédien sur ce chapeau le place dans la catégorie « formel », mais bref …). Si je devais porter un chapeau au quotidien (mais c’est compliqué, en 2012, d’arriver sur son lieu de travail -pourtant très bureaucratique- affublé d’un chapeau disons classique, quand une simple paire de souliers de bonne facture et bien entretenus provoque déjà un début de suspicion), ça serait certainement le homburg, dont je trouve la ligne résolument « chic ».

Puisque feu Edouard VII a contribué à populariser ce chapeau, rendons-lui hommage, avec cette version ornée d’une plume :

La mode étant bien lancée en Angleterre, le vieux lion s’en est parfaitement accommodé. En version claire, Mr Darwen.

Comme nous l’avons déjà vu, le très élégant Anthony Eden en avait fait un accessoire de reconnaissance, au point qu’un homburg était aussi appelé un « anthony eden », ou un « eden » :

Les gangsters d’époque étaient des personnes qui portaient une attention soignée à leur mise. Du moins le cinéma et la télévision nous les restituent ainsi. Par exemple, le parrain (encore jeune) du film Le Parrain (l’acteur est Al Pacino) :

Et Nucky Thompson (incarné par Steve Buscemi) de la série Boardwalk Empire (ledit Nucky aurait peut-être tiré avantage d’un port du chapeau un peu plus éloigné des sourcils) :

Les Félins (1964)

Des tueurs, à la solde d’un mari américain trompé, sont à la poursuite de Marc, l’amant. Celui-ci se réfugie sur la Côte d’Azur et est embauché comme chauffeur par Barbara, une riche Américaine. Il comprend bientôt qu’il n’a pas été choisi au hasard et se trouve plongé au cœur d’une sombre machination. (Wikipedia)

Adaptant Joy House, de Day Keene, un des bons artisans américains du roman noir des années 40-50, René Clément renoue un peu avec la veine thriller de Plein Soleil (1960), un ton en-dessous toutefois. En noir et blanc quand Plein Soleil faisait éclater ses couleurs, il n’en est pas moins un film que je recommande chaudement, pour son solide scénario et son trio de jeunes (et un peu moins jeunes) premiers, parfaits dans leurs rôles :

Alain Delon, à l’époque « absurdly handsome » comme je l’ai lu un jour dans un journal anglais …

Jane Fonda, disons « absolutely handsome » …

et une actrice aussi charmante que peu connue, Lola Albright.

Thème musical qui dépote par Jimmy Smith sous la conduite de maître Lalo Schifrin.

Le Trench Coat

Sujet sérieux. Il s’agit là d’une des grandes énigmes de l’histoire du vêtement masculin. Qui a inventé le trench coat? Aquascutum et Burberry(s) le revendiquent (cf leurs sites respectifs). Bigre.

Le mystérieux James Darwen lui-même ne tranche pas. D’ailleurs il s’en fiche, ce vêtement ne semble pas le passionner. « A porter si vous ne pouvez l’éviter« . Notamment si vous ne voulez pas vous encombrer d’un parapluie.

Le raffiné Cary semble avoir choisi son camp :

Quoi qu’il en soit, ce vêtement plaît aux deux sexes. Il n’est d’ailleurs plus destiné aux temps pluvieux, c’est un véritable objet de mode, bravo le marketing. Et merci au cinéma.

Alfie (1966)

Michael Caine a eu 79 ans le 14 mars… C’est l’acteur le plus stylé et le plus cool de cette génération d’acteurs cools. Disons à égalité avec Steve Mc Queen, officiellement désigné le plus cool par la planète web, James Coburn et Jean-Paul Belmondo jusqu’à l’Homme de Rio.
Et mon acteur préféré (avec plusieurs autres).

En 1966 est sorti l’excellentissime Alfie, de Lewis Gilbert. Michael Caine y est un dragueur cynique finalement rattrapé par le remords.

Style vestimentaire cool tout au long du film.

Les scènes avec Shelley Winters sont drôlatiques.

Le thème (cool) du générique est signé Sonny Rollins. Se procurer l’album toutes affaires cessantes.

La chanson « Alfie » (hyper cool) est signée Burt Bacharach, et chantée par Cilla Black. J’ai une préférence pour la version de Dionne Warwick.

Vive les 60s quand même.

Mel Ferrer (1917-2008)

Mel Ferrer était un excellent acteur, qui a connu son zénith hollywwodien dans les années 50, à travers quelques classiques, Rancho Notorious (1952) de Fritz Lang, Scaramouche (1952) ou Les Chevaliers de la Table Ronde (1953).

Il avait de l’allure, l’élégance d’un fils de bonne famille de la Nouvelle-Angleterre.

Naturellement, il est passé par l’une des universités de l’Ivy League, Princeton.

Marié cinq fois, dont 14 ans avec la sublime Audrey Hepburn.