Lait et sucre

Voilà l’été (si, si). Et dans vos rêves estivaux les plus fous, vous auriez aimé être un patricien de Virginie ou de Louisiane, réuni avec quelques amis autour d’un barbecue pour disserter sur le bon vieux temps du Sud. Ou un Wasp de la Nouvelle-Angleterre qui retrouve ses camarades du Skull and Bones de Yale pour s’inquiéter de la chute du Dow Jones. Ou encore le grand Gatsby et sa cohorte de piques-assiette dans une propriété de Long Island. Voire Gregory Peck dans un de ses grands rôles humanistes dans To kill a mockingbird.

Tout cela peut devenir réalité à une condition : se revêtir d’un costume en seersucker.

Définition : tissu léger de coton, légèrement gaufré, toujours rayé. Il tire son nom de l’hindoustani Shir o shekar, qui se traduit par lait et sucre. Adopté depuis des lustres par la bonne société américaine, d’abord dans le Sud, puis par les étudiants des universités de l’Ivy League.

Se porte en simple veste, droite ou croisée, en costume deux ou trois pièces. C’est le costume estival des gens chics, qui aiment se réunir en garden parties.

Rose Callahan, la photographe officielle des dandys modernes, possède un talent certain pour saisir sur le vif ces élégants :

La couleur la plus traditionnelle des costumes en seersucker est le bleu :

Mais certains audacieux, comme la star des blogs, le bon docteur André Churchwell, n’hésitent pas à se transformer en bonbon :

Et si vous aimez ça, vous pouvez même les collectionner dans de multiples teintes :

Convaincus ? Vous pouvez franchir le pas en acquérant un costume auprès du pape du seersucker en PAP, la vénérable maison Haspel (est. 1909) :

ou bien chez les enseignes preppy habituelles, RL, Gant, Brooks Brothers. Ou alors adressez-vous à un bon tailleur et faites-vous réaliser quelque chose d’original dans ce sympathique tissu. Nul doute que vous épaterez la galerie, bien plus qu’avec le sempiternel blazer.

Publicités

Jacques-Henri Lartigue

J’aime beaucoup Jacques-Henri Lartigue. Comparé à un Doisneau, son relatif manque de notoriété est un peu injuste. C’est le photographe du mouvement, quand il saisit ses amis ou famille qui s’adonnent notamment à leurs sports favoris, sports des classes aisées, d’où est issu Lartigue. C’est donc aussi, un peu, celui de ces classes favorisées, qu’il montre insouciantes, oisives, à une époque qui ne l’est pas souvent, parfois lascives. Je vois ses photos comme des tableaux dans lesquels, à chaque fois, il capture brillamment l’instant fugace.

Jaroslav Drobny (1921-2001)

S’il est un champion de tennis dont la vie et la carrière méritent quelques instants d’attention, c’est bien Jaroslav Drobny.

Né à Prague et mort près de Londres, il aura eu en tout cinq nationalités, et a été tour à tour tchécoslovaque, allemand, suisse, égyptien et britannique. Ayant gagné ses trois tournois du grand chelem pendant sa période égyptienne, il est le seul Egyptien dans l’histoire du tennis à avoir remporté de tels tournois.

La deuxième guerre mondiale l’a privé, entre 18 et 24 ans, de quelques-unes de ses meilleures années de sportif. C’est donc assez tardivement qu’il a remporté ses plus grands titres de tennis. Entre 1946 et 1950, il perd 4 finales de grand chelem (trois à Roland-Garros et une à Wimbledon), et finit par vaincre à Roland-Garros en 1951 puis une seconde fois l’année suivante.

Le sacre à Wimbledon a été encore plus tardif : après deux finales perdues en 1949 et 1952, il finit là aussi par l’emporter en 1954 contre Ken Rosewall, 18 ans, lequel restera d’ailleurs dans l’histoire du tennis comme le plus grand joueur à ne pas avoir remporté Wimbledon.

Il terminera sa carrière en 1963 après avoir remporté 139 tournois en simple, ce qui le place en 4ème position au nombre de tournois gagnés, derrière Rod Laver, Jimmy Connors et Ivan Lendl.

Victime d’un accident à l’oeil lors d’un match de hockey sur glace, il devait porter pendant les matchs des lunettes à verre fumé, ce qui était assez pénalisant. En effet, et c’est plus particulièrement ce qui fait de Drobny un phénomène à part dans le tennis, c’est qu’il a été aussi un grand joueur de hockey sur glace, champion du monde avec la Tchécoslovaquie en 1947, et médaille d’argent aux Jeux Olympiques de 1948. Il compte 31 sélections et a inscrit 36 buts.

Il a été intronisé au Hall of Fame du tennis en 1983, et à celui du hockey sur glace en 1997.

Tennis

A observer les dégaines de la grande majorité des joueurs de tennis depuis, disons, les années 90, on se prend, une fois de plus, à regretter un temps que l’on n’a pas connu où tennis rimait à la fois avec fair-play et élégance vestimentaire.

Bien sûr, le blanc est resté la couleur du tennis jusqu’aux années 70, du moins sur le court. Et jusqu’à la seconde guerre mondiale, le pantalon était de rigueur pour les pratiquants masculins.

Jacques Brugnon, dit Toto, le 4ème mousquetaire, celui qui n’a jamais gagné de grand tournoi en simple, mais qui était le partenaire de double indispensable des trois autres, ici en 1921 à côté de Suzanne Lenglen, elle-même superbe :

Ou William Tilden, dit Big Bill, le plus coriace adversaire des mousquetaires dans les années 20 :

Le goût pour les beaux vêtements pouvait se manifester aussi avant et après le match. A l’instar de Max Decugis, plusieurs fois vainqueur des Internationaux de France au début du 20ème siècle, en veste gansée :

ou de Gottfried von Cramm, le grand champion allemand et antinazi des années 30, en rowing jacket :

Et en-dehors du court. Ici les mousquetaires réunis. J’aime particulièrement le chic décontracté de Jacques Brugnon encore, à droite sur la photo (une pipe à la main !) :

Après la seconde guerre mondiale, si le blanc reste obligatoire, le short remplace le pantalon. D’ailleurs, jusqu’au début des années 70, la tenue ne varie pratiquement pas, polo (ou parfois tee shirt) et short blancs. L’arrivée de tenues de couleur variées (sauf à Wimbledon) voire bariolées dans les années 70 va sonner le début de la décadence que l’on connaît désormais.

Lew Hoad, au milieu des années 50 :

Rod Laver, à la fin des années 60 :

Mais finalement, est-ce que le plus important n’est pas plutôt l’élégance du jeu ?

Arthur Ashe :

Ken Rosewall :

Adriano Panatta :

Roger Federer :

Knize

Les amateurs de ce que, faute de mieux, on peut appeler l’élégance masculine, trouvent à Vienne, comme à Londres, de quoi alimenter leur marotte. Avec à Vienne un caractère d’authenticité quand Londres, grand carrefour mondialisant, fait un peu dans le frelaté parfois.

Tout visiteur de Vienne passe forcément, à un moment ou à un autre, par le Graben, charmante avenue piétonne du centre-ville.

Mais tous ne s’arrêtent pas forcément devant Knize, ancienne et digne maison célébrée pour sa contribution à cette fameuse élégance.

Façade et certains intérieurs façonnés par le grand architecte Adolf Loos.

Typiquement le genre de lieu où on aime passer du temps, regarder, toucher, humer l’atmosphère.

Knize est en particulier appréciée pour sa grande mesure. La ligne Knize, ce sont des épaules plutôt naturelles, des emmanchures hautes, une taille point trop marquée. A rapprocher d’Anderson & Sheppard à Londres.

Beaucoup de grands de ce monde ont eu leurs habitudes chez Knize. Selon le blogueur Sleevehead, le réalisateur Billy Wilder (Some like it hot, entre autres films magistraux), d’origine autrichienne, en était (ci-dessous à droite, avec Jack Lemmon).

De même que le producteur de cinéma anglais d’origine hongroise, Alexander Korda.

Célébrée aussi est l’eau de toilette Knize Ten, créée dans les années 20, à base de cuir et d’ambre.

S’il vous reste un peu d’argent après cette visite -que vous n’aurez pas manqué de rendre à cette auguste maison- prenez une des petites rues adjacentes et aller vous détendre au Café Hawelka, café historique où on jurerait pouvoir croiser le fantôme de Joseph Roth.

Le Homburg

« Feutre à bord retourné rigide que portait l’excellent roi Edouard VII, tire son nom de la ville thermale de Homburg. Ce chapeau, qui est toujours noir, est un compromis moyennement heureux entre le formel et l’informel. Il ne doit être porté que par des gentlemen âgés« . James Darwen in Le chic anglais (Hermé, 1990).

C’est amusant comme, à force de relire Darwen, on se dit que parfois, il abuse de sa boisson écossaise favorite. Passons sur la question du formel / informel, qui pour ma part m’intéresse assez peu (à ce sujet, l’anonyme rédacteur de l’article anglophone wikipédien sur ce chapeau le place dans la catégorie « formel », mais bref …). Si je devais porter un chapeau au quotidien (mais c’est compliqué, en 2012, d’arriver sur son lieu de travail -pourtant très bureaucratique- affublé d’un chapeau disons classique, quand une simple paire de souliers de bonne facture et bien entretenus provoque déjà un début de suspicion), ça serait certainement le homburg, dont je trouve la ligne résolument « chic ».

Puisque feu Edouard VII a contribué à populariser ce chapeau, rendons-lui hommage, avec cette version ornée d’une plume :

La mode étant bien lancée en Angleterre, le vieux lion s’en est parfaitement accommodé. En version claire, Mr Darwen.

Comme nous l’avons déjà vu, le très élégant Anthony Eden en avait fait un accessoire de reconnaissance, au point qu’un homburg était aussi appelé un « anthony eden », ou un « eden » :

Les gangsters d’époque étaient des personnes qui portaient une attention soignée à leur mise. Du moins le cinéma et la télévision nous les restituent ainsi. Par exemple, le parrain (encore jeune) du film Le Parrain (l’acteur est Al Pacino) :

Et Nucky Thompson (incarné par Steve Buscemi) de la série Boardwalk Empire (ledit Nucky aurait peut-être tiré avantage d’un port du chapeau un peu plus éloigné des sourcils) :