Promenade dans Paris – 3

Saint-Germain des Près – 26 mai 2012

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Anthony Eden (1897-1977)

Troisième et (temporairement) dernier volet de notre saga sur les moustachus élégants du siècle dernier, Anthony Eden, grand diplomate, plusieurs fois ministre des affaires étrangères, Premier Ministre de la couronne de 1955 à 1957, est un cas d’école de ce chic anglais assez intrinsèque à ceux qui, sur cette île (métaphoriquement) lointaine, sont nés du bon côté. Ce qui était le cas d’Anthony Eden, fils d’un baronnet du comté de Durham.

D’une grande élégance morale (c’est le général de Gaulle qui l’a dit), il était aussi naturellement, en qualité d’éminent représentant des gentlemen anglais, vestimentairement avantagé, sa silhouette élancée facilitant encore les choses. C’est ainsi qu’en raison de son habitude de porter un homburg (le plus raffiné des chapeaux), on en est venu à baptiser ce dernier un « Anthony Eden ».

Notons au passage la superbe coupe de son chesterfield.

Client du tailleur Stovel and Mason, il était avant tout un adepte du costume croisé, comme la plupart des hommes « qui comptaient » à son époque.

Il pouvait aussi porter le costume droit, en 3 pièces évidemment, et avec peak lapel, ce qui est considéré comme plus stylé.

Bref, un certain chic, de l’allure. Mais aussi, sur certaines photos, une certaine raideur, un côté un peu crispé, à l’opposé de l’élégance nonchalante de son aristocratique contemporain, et idole des blogs et forums consacrés au style masculin, le duc de Windsor.

Qu’on en juge sur un croisé :

ou en casual :

Les Félins (1964)

Des tueurs, à la solde d’un mari américain trompé, sont à la poursuite de Marc, l’amant. Celui-ci se réfugie sur la Côte d’Azur et est embauché comme chauffeur par Barbara, une riche Américaine. Il comprend bientôt qu’il n’a pas été choisi au hasard et se trouve plongé au cœur d’une sombre machination. (Wikipedia)

Adaptant Joy House, de Day Keene, un des bons artisans américains du roman noir des années 40-50, René Clément renoue un peu avec la veine thriller de Plein Soleil (1960), un ton en-dessous toutefois. En noir et blanc quand Plein Soleil faisait éclater ses couleurs, il n’en est pas moins un film que je recommande chaudement, pour son solide scénario et son trio de jeunes (et un peu moins jeunes) premiers, parfaits dans leurs rôles :

Alain Delon, à l’époque « absurdly handsome » comme je l’ai lu un jour dans un journal anglais …

Jane Fonda, disons « absolutely handsome » …

et une actrice aussi charmante que peu connue, Lola Albright.

Thème musical qui dépote par Jimmy Smith sous la conduite de maître Lalo Schifrin.

Dashiell Hammett (1894-1961)

Poursuivons dans les moustachus élégants du siècle dernier. Hammett, c’est le fondateur de la hard-boiled school, en français le « roman noir ». Ecriture sèche, réduite à l’essentiel, des morts en veux-tu en voilà, le tout dans une atmosphère de grande corruption qu’il contribue à dénoncer à travers ses oeuvres. Son détective Sam Spade est la référence du genre avec Philip Marlowe, de Chandler. Le cinéma, à travers Humphrey Bogart, l’a mythifié. Six romans, des nouvelles, persécuté pendant le maccarthysme pour sympathies communistes, ce qui était vrai, alcoolique.

Costume croisé, pochette avantageuse, fedora : la panoplie de l’homme élégant des années 20-30.

« Sam Spade avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait, en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris jaune coupaient le visage d’une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais, partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. Il avait quelque chose d’un sympathique Méphisto blond. »

Le Faucon Maltais (1930)